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19 juin 2017 : la remise des Trophées des Bêtes Noires de la Pub !

« A force d’appeler ça ma vie, je vais finir par y croire », a écrit l’écrivain et dramaturge Samuel Beckett dans son roman Molloy.


Oui. Et à force de naviguer, de rue en rue et de blog en site web, dans un monde tapissé de pubs, nous finissons par croire aussi qu’un déodorant nous rend sexy, que des marmottes font du chocolat, que Nicole Kidman nous ouvre son lit eau gazeuse qui fait pshiit, que George Clooney nous sert le café, que les femmes n’ont pas  de cellulite, ni de poils même lorsqu’elles s’épilent, ni de rides sinon  lorsqu’elles gueulent dans l’oreille de papi pour souscrire des garanties obsèques, que Photoshop est une marque de miroirs et que Google est le seul moteur de recherches – ignorant Lilo et Ecosia.

Jusque-là, rien de bien grave. Sauf qu’on nous gomme aussi le fait que le pot de chocolat-noisettes à tartiner sur lequel dansent des gens bras en l’air représente 12 millions d’hectares de déforestation massive, que le rouge à lèvres qui le vaut bien est taché du sang de lapins, chiens, rats, torturés au nom de la cosmétique, que le soda marron nous détruit la bouche et pollue les nappes phréatiques d’Inde – ou encore que les animaux qu’on voit sautiller, sourire et parler dans cartoons publicitaires et films ne sont pas consentants pour se faire égorger, découper et cuire (ah vraiment ?).

Et pourtant, on veut nous le faire croire. Qui ? Les fabricants. Les marques. Les distributeurs. Les éleveurs. Les lobbies de l’industrie agro-alimentaires, notamment ceux de la filière « viande et élevage ».

Et puis nous, aussi. A nous-mêmes. On aime ne pas voir, ne pas savoir.


Et quels sont les plus grands criminels ? Ceux qui vendent les instruments de mort ou ceux qui les achètent et s’en servent ?”, a demandé le scénariste Robert E. Sherwood.


En France, une femme a décidé d’ouvrir le rideau rouge du marketing spéciste de l’industrie alimentaire et montrer, derrière, les coulisses. De dénoncer le mensonge si bien orchestré par la pub. Elle l’a fait avec le soutien de son association, Animal Cross, et de 20 associations partenaires. Nous voulions en savoir plus, sur son initiative, sur l’idée, sur l’évènement. Et sur les résultats 2017 des…

 

Trophées des Bêtes Noires de la pub

Les derniers (qui couronnent la deuxième année d’existence de l’initiative) ont été remis lundi dernier. Et ce fut un succès… dont les animaux, en coulisses, seront peut-être, un jour, les grands gagnants.

 

A propos des Trophées :

 

Le collectif des associations des Trophées des Bêtes Noires de la Pub a été initié et coordonné par l’association ANIMAL CROSS, en partenariat avec les associations : L214, ASPAS nature, 269 life, Vegan Impact, Animalter, LPEA, Combactive, Code Animal, le GRAAL, Vasara, Humanimo, Venus, l’Alliance Anticorrida, le CRAC, No corrida, PEA.ch, la page Facebook Je suis une pub spéciste.

L’événement dénonce l’écart existant entre les contenus de certaines publicités et la réalité vécue par les animaux.

 

Les trophées sont décernés à 7 publicités réparties en 7 catégories : mauvais goût, packagings trompeurs, alibi santé, victime consentante, illusion de l’élevage heureux, animal effacé et cette année un prix spécial Pubs suisses !

En mars et en avril 2017,  de nombreux internautes ont envoyé les publicités qui les choquaient le plus vis à vis des animaux. 23 publicités ont été sélectionnées, réparties en 7 catégories.

 

Les pires publicités sont retenues par les internautes lors d’un vote en ligne.

Près de 30 000 votes ont eu lieu entre le 1er mai et le 18 juin 2017.

 

Le but des trophées des Bêtes Noires de la pub est de mettre au jour les pratiques des entreprises qui :

  • suggèrent à travers leur publicité des idées fausses ou une réalité détournée concernant les animaux
  • ou omettent d’évoquer dans ces publicités des points fondamentaux vécus par les animaux en question.

La publicité montre le plus souvent les animaux dans un cadre idyllique, heureux et satisfaits de fournir leur chair, leur lait ou leurs œufs. Ces représentations n’ont aucun lien avec ce que la majorité d’entre eux endurent dans les élevages et les abattoirs.

 

L’objectif est d’informer le grand public des conditions de vie, de soins, d’élevage, d’abattage des animaux afin qu’il se rende compte de la manipulation publicitaire possible et modifie ses habitudes de consommation.

 

 

La remise des Trophées des Bêtes Noires de la Pub 2017 s’est déroulé lundi 19 juin à La Nouvelle Seine, non loin de Notre Dame, à Paris, en présence de Rémi Gaillard, humoriste et Lolita Lempicka, styliste, respectivement parrain et marraine de l’événement – avec la participation, entre autres invités, de Jihem Doe, Guillaume Meurice et Rémi David, philosophe et magicien.

 

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Résultats des Trophées :

  • Catégorie « Mauvais Goût »

Gagnant du pipeau de la pire publicité : Interbev -campagne pour les écoles

  • Catégorie « Illusion de l’élevage heureux »

Gagnant du pipeau de la pire publicité : Candia -pub TV

  • Catégorie « Animal effacé »

Gagnant du pipeau de la pire publicité : Cifog -foie gras – pub TV

  • Catégorie « Alibi santé »

Gagnant du pipeau de la pire publicité : Fleury Michon – pub presse

  • Catégorie « Victime consentante »

Gagnant du pipeau de la pire publicité : le Gaulois – pub TV

  • Catégorie « Spéciale Suisse »

Gagnant du pipeau de la pire publicité : État suisse – affichage

  • Catégorie « Packagings trompeurs »

Gagnant du pipeau de la pire publicité : Lustucru – œufs première fraicheur

 

Notre entretien avec Valérie, l’initiatrice et coordinatrice de l’évènement :

 

La femme à l’origine des Bêtes Noires de la Pub, c’est elle !

Passionnée par les animaux, Valérie Thomé n’accepte pas la souffrance que les humains infligent aux animaux, et particulièrement aux animaux de ferme, perçus le plus souvent comme de la viande.

Elle fonde avec Benoit, son mari et 6 amis l’association Animal Cross en 2009.

Cette association protège l’ensemble des animaux, car ils sont à ses yeux tous à égalité, et chacun est un être à part entière.

Animal Cross a pour mission de dénoncer la souffrance animale et de porter secours aux animaux maltraités.

 

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Valérie Thomé, initiatrice et coordinatrice des Bêtes Noires de la Pub

Interview :

 

Etik Mag : Raconte-nous l’histoire des Bêtes Noires de la Pub.

Valérie Thomé : Cela fait longtemps que l’équipe d’Animal Cross enrage autour de la souffrance que les humains infligent aux animaux physiquement mais aussi mentalement. Parce que les mots et les pensées sont eux aussi source de maltraitance.

Ces mots qui projettent les animaux comme des moins que rien, ces mots qui montrent tout le mépris des humains qui se croient une race supérieure et qui enfoncent les animaux chaque jour un peu plus.

Et la pub, lorsqu’elle est mal faite [NDLR – ou trop bien faite !], nous semble être au centre de ce processus. Cette pub qui mène le monde et influence les adultes mais aussi les enfants.

Alors nous avons choisi de nous moquer des « puissants » en renversant la vapeur et en créant des Trophées des pires publicités qui parlent des animaux. On allait leur décerner des pipeaux, et on réunirait des humoristes pour leur rendre la pareille et leur montrer comment ils peuvent être ridicules !

 

Quel est le mot clé ou la valeur clé, au centre de l’aventure ?

Le mot clé est à mon sens celui de manipulation. A travers les publicités, le public est manipulé et on lui fait même croire que quelque chose est éthique lorsque c’est totalement immoral, grâce à la force des images et des mots.

 

Dans les coulisses, combien de personnes font vivre le projet ?

Les 2 premières personnes qui ont répondu oui pour cette aventure sont Christine Berrou, humoriste, et Guillaume Pot, journaliste radio.

L’équipe d’Animal Cross a organisé tout le processus qui a mené aux votes, avec notamment la création du site internet que j’ai mis au point avec notre graphiste Caroline.

Christine Berrou, humoriste elle-même, a contacté tous les artistes qui sont venus avec beaucoup d’enthousiasme, et gratuitement.

Guillaume Pot a mis son talent d’animateur et de journaliste au service des animaux pour nous présenter cette magnifique soirée.

Sans compter tous les bénévoles qui se sont chargés de l’accueil, des entrées, et du cocktail final, mais aussi de la partie technique comme la prise de son ou le montage du film.

Jusqu’à la Nouvelle Seine qui nous a fait une énorme réduction pour la salle !

L’équipe a très bien fonctionné, avec une énorme générosité !

 

Les Trophées des « Bêtes Noires de la Pub », en chiffres, c’est quoi ?

  • 2 années d’existence,
  • 30 000 votes,
  • chaque année 24 publicités en concours en 2017 et 7 publicités épinglées
  • 20 associations de protection animale partenaires
  • 11 artistes présents pour défendre les animaux
  • 114 personnes dans le public en 2017 (salle comble)

 

Parle-nous un peu des catégories…

Le découpage s’est fait la première année, en cherchant pourquoi ces publicités nous choquaient. On a gardé le même cette année, en rajoutant la catégorie « spéciale Suisse ».

 

Interbev est parti pour faire un carton (rouge) dans Etik Mag, là, cette année 2017 ! Nous l’avons mentionné dans l’article que nous avons consacré au bras de fer de David contre Goliath (Tiphaine Lagarde et Interbeb), et le voici sélectionné en gagnant du pipeau de la pire pub ! Peux-tu nous en dire plus ?

Marc Giraud de l’ASPAS Nature qui a remis le prix à Interbev a fait un commentaire plus large : il est inadmissible que des lobbies entrent à l’école, pour apprendre à nos enfants n’importe quoi. Avec Interbev, il s’agit de viande, mais c’est aussi le cas des chasseurs, qui entrent dans les écoles pour apprendre aux enfants que chasser c’est protéger la nature. Dans le sud-ouest où je vis, j’ai vu aussi des écoles où l’on vient apprendre aux enfants les bienfaits de la corrida. C’est inquiétant. Il n’y a pas de limite.

 

L’un des traits qu’on retrouve beaucoup, c’est la chosification de l’animal. Est-ce ce que tu combats le plus, à travers cette initiative ?

Oui, bien sûr. Il faut que tous prennent conscience que l’animal est maintenant admis dans la loi comme être sensible. Et que l’on soit producteur, vendeur ou publicitaire, on doit en tenir compte. Et le grand public est de plus en plus choqué de ce manque de respect.

Pour soulager la conscience du consommateur, les producteurs et publicitaires font en sorte de lui cacher que ce qui se trouve dans son assiette est un animal qui a souffert. L’animal n’est plus que cuisse, jambon, steak ou pâté.

Mieux encore, les publicités de cette année sont très axées sur l’ « éthique« , alors que l’animal ne perçoit que peu de différence : le lait Candia est issu « d’animaux bien traités » mais on retire toujours son petit à la vache dès les premières heures,  les cochons avalent moins d’antibiotiques chez Fleury Michon mais sont toujours pour la plupart d’entre eux en bâtiment sur caillebotis, les agriculteurs à l’origine de la  « Nouvelle agriculture » parlent avec fierté de « bien-être animal » avec des poulets élevés dans des hangars

L’humain est juste en train de faire un peu moins pire mais il est loin de se comporter correctement avec les animaux, il n’y a franchement pas de quoi être fier.

 

Rémi Gaillard et Lolita Lempicka n’en sont pas à leur premier engagement auprès d’initiatives antispécistes, ni l’un ni l’autre..

Lolita Lempicka est extrêmement généreuse et très dévouée à la cause. Elle nous a déjà aidés lors d’une campagne contre le foie gras. Ce jour-là fut aussi celui du lancement de son nouveau parfum. ça tombait mal mais elle n’a pas annulé. Son engagement pour les animaux passe avant tout.

Quant à Rémi Gaillard, il n’a pas hésité. Son soutien a été important.

 

Qu’est-ce qui manque, aujourd’hui, aux initiatives comme la tienne ?

Aujourd’hui il nous manque clairement des fonds. Pour qu’un spectacle comme celui-ci soit pleinement réussi, il faut pouvoir investir dans certains moyens techniques par exemple, mais ça coûte cher.

 

A propos des coulisses, le site internet et la communication que vous avez mis en place sont vraiment ultra-réussis ! Tu as mentionné le travail de ta graphiste, Caroline, et ton propre travail sur le site. As-tu toi-même un background dans la présence web ou la comm’ ?

 Oui effectivement. Je suis bénévole pour Animal Cross et parallèlement je travaille comme consultante en communication et je fais des sites web !

 

 Et pour revenir aux besoins des Trophées des Bêtes Noires ?

Nous aimerions étendre les partenariats pour augmenter la visibilité.

Les relations presse ne sont pas forcément évidentes à développer car nous touchons des marques qui font le plus souvent de la publicité dans la presse.

Nous avons besoin de relais qui n’ont pas peur de dire la vérité, des relais qui ne sont pas influencés par les fameux lobbies.

 

 Par relais, tu parles uniquement de médias ?

Ces relais peuvent être des médias traditionnels, mais aussi des blogueurs, des associations, des particuliers qui relaient l’info via les réseaux sociaux.

 

Le 19, les Trophées 2017 ont donc été remis. Je ne peux m’empêcher de penser que c’est comme dans le cadre des Razzie Awards : les gagnants brillent par leur absence ! Dans le cinéma, certains acteurs et réalisateurs ont de l’humour et reçoivent en personne leur prix. Ici l’humour est difficile, les films en question participant à l’exploitation d’êtres réels. Envisages-tu néanmoins un dialogue possible entre les Bêtes Noires de la Pub et, par exemple, les publicitaires et créatifs à l’origine de ces pubs ?

Pour l’instant, certains annonceurs comme Fleury Michon ou Mc Do nous ont écrit et souhaitent instaurer un dialogue. Concernant les agences de pub, pourquoi pas…

 

Si l’un d’eux venait, à la surprise de tous, recevoir son prix, penses-tu  qu’il serait accueilli par des huées, ou qu’un dialogue s’improviserait ?

Tout dépend de son attitude. S’il vient nous raconter qu’on se trompe sur toute la ligne, il risque de passer un mauvais moment. Mais s’il est ouvert et prêt à réfléchir, cela risque au contraire de provoquer du respect.

 

En juin prochain seront remis les Trophées 2018 ! As-tu quelques infos à nous donner en avant-première ?

Oui ! L’an prochain, c’est Élie Semoun qui sera le parrain des Bêtes noires de la pub. C’est déjà une excellente nouvelle.

 

En effet ! Je n’avais pas connaissance d’un intérêt particulier porté par Élie Semoun aux animaux. Ce croisement entre les Bêtes Noires de la Pub et Elie s’est fait de quelle manière ?

Eh bien Élie Semoun connait des personnes qui défendent les animaux et ont su le convaincre… Élie est en train de changer et de se poser des questions.

 

Pour 2018, une autre info ?

Chaque année, nous inviterons un nouveau pays. Après la Suisse, pourquoi pas la Belgique l’an prochain ?

 

Les Bêtes Noires de la Pub, dans 5 ans, comment les vois-tu ?

Nous espérons remplir des salles de plus en plus grandes, pour augmenter la visibilité des Bêtes Noires de la Pub. Les associations partenaires des Bêtes noires de la Pub représentent ensemble la voix des plus faibles, aujourd’hui les animaux. Nous voulons montrer au grand public la face cachée de la publicité et faire reculer les marques.

 

Retrouvez les Bêtes Noires de la Pub sur le web, et Valérie Thomé sur ses autres sites : celui de l’association Animal Cross et celui de la campagne très réussie menée par Animal Cross contre le foie gras : « Ayez du cœur, dites non au foie gras ! »

Et pour tous ceux qui souhaitent revivre l’évènement en différé, voici le film :

 

 

Auteure : Yael

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