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De la nécessité de l’échec

« La faiblesse de la force est de ne croire qu’à la force »

Paul Valéry

Qu’est-ce que l’échec ?

D’après le Larousse, c’est « le résultat négatif d’une tentative ». L’échec est simplement le pendant de la réussite, le revers de la médaille, une certaine perception d’une certaine réalité.

En France, nous avons une vision plutôt négative de l’échec, même si cette tendance semble évoluer. Comme le dit Charles Pépin, philosophe, auteur de l’essai « Les vertus de l’échec », aux éditions Allary, dans notre pays, « quelqu’un qui a échoué est d’abord vu comme un homme qui a échoué. […] alors qu’aux États-Unis, c’est d’abord un homme qui va réussir et n’a pas encore réussi ».

Est-on un looser lorsqu’on échoue ? Ou l’échec est-il le prélude à la réussite ? La véritable question qui se pose est donc comment appréhender l’échec, car finalement un échec n’en est un que s’il nous bloque et provoque en nous le mal-être.

 

 

Apprendre de la chute.

Au jeu de la vie, tout semble affaire de résilience. Tomber, certes, comme chacun, mais se relever. Surtout se relever. L’art de surmonter s’apprend-t-il ? Oui, même si ceux qui ont été choyés, aimés, consolés, maternés durant leur enfance ont nettement plus de chances de rebondir après une épreuve ou d’encaisser l’échec puis de le dépasser.

S’agit-il de devenir quelqu’un d’autre ? Non, pas tout à fait, pourtant apprendre à chuter et apprendre de la chute peuvent faire évoluer un homme…en une meilleure version de lui-même. Toujours identique, mais plus apte, plus adaptable (mais pas plus malléable pour autant).

Lorsque l’on entreprend quelque chose, un échec a beaucoup à nous enseigner, dans notre domaine bien sûr, mais aussi sur nous-même. L’échec nous forge. On se construit avec des échecs, bien plus et bien mieux qu’avec des victoires.

Être éveillé même en période de grosse loose, c’est prendre garde à trois pièges qui peuvent transformer un échec en sables mouvants :

 

  • L’ego. Ha !

 Notre bel, notre glorieux ego qui encaisse le choc ! Un échec et c’est la crise de l’ego, à coups de « Mais que penseront les gens ? J’ai l’air con, maintenant ! »

Comme l’écrit Mathieu Ricard : « lorsque l’ego ne se repaît pas de ses triomphes, il se nourrit de ses échecs en s’érigeant en victime ».

Nous ne sommes pas notre ego, et même s’il n’est pas évident de le concevoir, le transcender nous offre une forme de liberté intérieure extrême, à la fois rayonnante et sécurisante, car la véritable confiance en soi n’a rien de commun avec l’ego, et ne dépend pas des événements.

 

  • La culpabilité.

Que l’on soit directement responsable de son échec ou que celui-ci ne soit qu’une conséquence des aléas de la vie, l’appréhender avec bienveillance est fondamental.

Prendre note du revers, en analyser les causes et la portée, mais ne pas se flageller sans fin.

Bienveillance n’est pas complaisance. La bienveillance envers soi-même relève d’une forme d’éthique personnelle, elle est le meilleur chemin de l’apprentissage. Car une fois encore, pas de leçon sans déconvenue. Mais si la déconvenue n’entraîne qu’auto-critiques et violentes dépréciations, difficile de se relever et de continuer à avancer

Aimons-nous dans nos échecs. Nous ne sommes ni nos exploits ni nos dérapages. Ni nos satisfactions ni nos frustrations. Oublions les « maman sera tellement déçue ! » et les « que pensera mon fils de son père ? »

Vous n’êtes pas un raté d’avoir raté votre coup.

La culpabilité est un poison qui peut véritablement ternir notre vie. Et si elle découle souvent de l’échec, elle peut aussi en être la coupable, lorsqu’on se sabote tout seul dans notre litanie intérieure du « je ne le mérite pas ».

 

  • Le déni.

Et Charles Pépin d’expliquer que « ne jamais avoir eu le sentiment d’échec est en soi un énorme échec ».

Il est bon de regarder son plantage en face, de l’analyser, d’en tirer des conclusions.

Réfléchir à son échec, voilà la meilleure façon de transformer un essai loupé, et surtout d’en sortir grandi, plus efficace, plus efficient, plus fort.

« A défaut de victoire, il nous reste cette offrande : la leçon de l’échec »

(Robert Sabatier, le livre de la déraison souriante).

Michael Jordan nous offre de belles leçons en matière de perception de l’échec. Voilà un gars qui a compris à quel point il est primordial d’échouer pour réussir :

« J’ai raté plus de 9000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu près de 300 matchs. 26 fois, on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et j’ai raté. J’ai échoué encore et encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi je réussis. »

Plutôt inspirant, n’est-ce pas ?

 

Rebondir après l’échec.

Recalage à un examen, divorce, déception professionnelle…Quel que soit l’échec auquel nous devons faire face, nous pouvons rebondir.

Une bonne capacité de résilience dépend de quelques facteurs essentiels, dont :

 

  • Une solide confiance en soi.

Bien sûr, échouer nous fragilise et menace de faire chanceler notre confiance en nous-même.

Si cette confiance peut connaître le creux de la vague, il est important de la préserver, de la fortifier, et heureusement, il existe bien des moyens pour cela.

  • Cesser de se comparer aux autres est une excellente façon de remonter dans sa propre estime. Nous ne sommes pas notre voisin. Nous n’avons pas les mêmes talents, la même histoire, les mêmes espoirs.
  • Réaffirmer ses valeurs, voilà également une bonne solution pour se souvenir, en période difficile, qui nous sommes, quels sont nos fondements, nos basiques, ceux qui font que nous sommes quelqu’un de bien.
  • Prendre soin de soi, évidemment : se chouchouter, se faire plaisir, sortir, ne pas s’enfermer dans la solitude, aide à se sentir fort à nouveau.
  • Et encore une fois, être bienveillant. Nous sommes très souvent notre pire juge.

  • Échafauder un nouveau plan d’action.

Comme on a tiré les leçons de notre échec, il est essentiel d’en tenir compte dans notre prochaine feuille de route. Nouveaux objectifs, nouvelle énergie !

  • Ne pas s’endormir sur sa déconvenue, afin d’éviter qu’elle ne s’installe dans le quotidien comme un colocataire indésirable. Avec une bonne analyse de la situation, en conscientisant vos points forts et en tirant les enseignements de votre expérience, vous voilà prêt à vous remettre en selle.
  • Un échec peut parfois nous faire réaliser que nous nous étions trompés de voie, et nous permettre, grâce à un travail d’introspection, de bifurquer vers un nouveau chemin, plus en phase avec notre personnalité et nos aspirations.
  • Parfois, la route est longue et la tâche peut sembler insurmontable. Découper un objectifs en plusieurs étapes permet de continuer à avancer, sans perte de confiance ni d’énergie. Bien au contraire, chaque accomplissement, aussi discret soit-il, vous redonnera foi en votre potentiel et en votre entreprise.

  • Lâcher-prise.

Cesser de lutter contre le changement. Très souvent, et la plupart du temps bien inconsciemment, nous nous fermons des portes par anxiété. Nous avons peur des bouleversements, même positifs, et c’est bien normal.

Se laisser porter par le courant a pourtant généralement du bon. Le simple fait de lâcher-prise peut nous emmener de (bonnes) surprises en surprises. Lorsqu’on se détend, que l’on n’est plus crispé sur une idée, contracté dans l’attente de quelque chose, les choses coulent plus naturellement et peuvent venir à nous.

Souffler, profiter de l’instant présent, être reconnaissant pour tout ce que déjà l’on a accompli et obtenu.

  • S’entourer.

Savoir demander de l’aide, des conseils, ou simplement un soutien moral lorsqu’on en ressent le besoin est une preuve d’intelligence. Vous n’êtes pas une victime.

Prendre la responsabilité de sa vie, admettre que nous sommes à l’origine de ce qui se passe en ce moment, du coup dur, de l’échec que l’on essuie, c’est s’assurer de ne pas rester immobile.

Et si nous ne sommes pas responsable de tous les événements extérieurs, nous sommes assurément seuls maîtres de la façon dont nous décidons de les vivre.

 

Et bien sûr rester positif, prendre soin de sa santé physique et mentale, aimer et se laisser aimer, rire, sourire, continuer à apprendre, prendre du bon temps, chanter, danser, se laisser emporter par nos rêves de temps en temps….Tout ceci permet de tirer le meilleur profit d’un échec.

Il n’existe pas d’échec définitif.

 

Et comme disait Bruce Lee, philosophe s’il en est :

« Ne crains pas l’échec. Ce n’est pas l’échec mais le manque d’ambition qui est un crime. Avec des objectifs élevés, l’échec peut être glorieux. »

 

 Auteure : Enaëlle Deschamps

 


Sources :

Il y a une vertu positive de l’échec (Le Nouvel Economiste)

L’illusion-de-l-ego (Buddhaline.net)

Photos : unsplash

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2 commentaires sur “De la nécessité de l’échec”

  1. Ton article m’a tout de suite fait penser une vidéo partagée sur notre page FB : « L’échec est un diplôme » d’Idriss Aberkane. Nous la partagerons ici un jour, avec un petit écornage de la vision entrepreneuriale « classique » française. Ce que je sais aussi, c’est que parfois, on est pris dans un cercle d’échec, et c’est le plus dur, pour s’en sortir, parce que le cercle imprègne tout l’être. Mais c’est vrai, c’est l’occasion d’un rebond, même extrêmement difficile, et aussi un puissant apprentissage. A quand un « cours d’échec » à l’école pour savoir, par la suite et tout le long de sa vie, y faire face ?

    1. C’est vrai que parfois, lorsqu’on enchaîne les échecs, c’est difficile de sortir la tête de l’eau…Pas évident de rectifier le tir, ou même de comprendre pourquoi c’est arrivé. A mon sens, sortir de sa zone de confort est la meilleure façon de faire face à un échec, et toujours dans la bienveillance. Des cours de gestion de l’échec, comme de gestion des émotions et de « vivre ensemble », seraient plus qu’utiles à l’école. Comme apprendre à respirer et à méditer.

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