Marketing et télémarketing : extension du domaine de la drague (2)

Dans cette suite d’articles, nous comparons le marketing à la drague… osé ?  A vous de me le dire.

Je vous invite, si ce n’est fait, à lire l’intro de  la série, suivie de la première stratégie (« La stratégie Rocco »), sur cette page.

Et maintenant, poursuivons ! Du rentre-dedans, passons à la drague « séduction », avec une nouvelle stratégie – sans doute pas la meilleure, mais je vous laisse en juger : l’exhibition.

(Et… hommage au vrai Aldo, au passage 🙂 )

2. La stratégie Aldo

L’aventure c’est l’aventure, Claude Lelouch, 1972, scène culte d’Aldo Maccione montrant à ses copains comment marcher d’une démarche féline et séduisante (mais si mais si) , « pas comme ça, Simon, plus souple », à la plage…

Comment reconnaît-on la stratégie Aldo, en matière de drague ?

On la repère à mille lieues – comme celle de Rocco.

Elle consiste, pour le dragueur, à faire étalage : de son charme, de son corps, de sa tenue, de ses frisottis bruns, de ses gros pectoraux, de ses dents blanches. Regarde-moi ce déhanché raté, cette souplesse zéro, ce minable incroyable jeu de jambes, ces biceps blanchâtres d’acier, ce sourire forcé ravageur.

 

Aldo, au moins, avait de l’humour. Et si la publicité sait en faire montre – nous y reviendrons – le marketing en général (et le télémarketing en particulier) en sont parfois aussi dénués qu’un fakir faisant le décompte des pointes de clous sur son lit en bois.

En gros, ce n’est plus du Lelouch. C’est le mec qui croit (pour de vrai) que son charme fait ça :

Notez que le film en question s’appelle « Tais-toi quand tu parles« , et c’est ce que le marketing, à certains moments, gagnerait à faire.

Tu sais, quand tu ouvres ton magazine ou que tu décroches ton téléphone et que tu lis ou entends ça :

« Notre aspirateur à termites, xxx est une tuerie de sa mère putain tu la prends oui ou merde ma daube merveille de technologie haut de gamme avec des notes si aiguës qu’elles vont te péter les oreilles, à la fois sophistiquée ouaiche lol rien que le monter c’est pire qu’un meuble Ikéa et extraaaaaaordinairement (bam, feux d’artifice !) novatrice que même ta fille surdouée elle saura pas comment ça marche hé la loose trop cassée la fille. Incroyaaaaaablement (bam, feux d’artifices !) robuste que même tu fous ensemble Mike Tyson, Superman et Terminator hé ben ils sont pas foutus de le détruire cette petite merveille d’innovation inspirante deviendra le bras droit indispensable je t’ai niqué ! et précieux de la famille entière blablabla…  »

Aldo, c’est le concours des superlatifs !

Tu alignes et surlignes : numéro 1, leader (dans ma téci – pardon, sur le marché international et les multivers de Star Wars), high(est)-tech, remarquable, surprenant, étonnant, superbe, exceptionnel, géant, prodigieux, puissant, unique, sensationnel (et je t’en passe…)

  • Son point fort ?

Pas besoin d’acheter le dico des synonymes !

Offre le prospectus à tes enfants (ou, pour le faire chier, à ton prof de fac – et ajoute : rarissime, transcendant, prodigieux, remarquable et sans pareil).

  • Son point faible ?

Euh…

Hé, sincèrement… le mec qui t’aborde et te dit :

« Hello, Mamzelle QuiDonc, je suis Msieur Duduche, laisse-moi me décrire. Petit, j’étais le meilleur en maths, le premier en sport, là encore, je suis le champion de Troulère-les-Pins en avalage de pizza-moules-frites. Je tire plus vite que Pan-Pan le lapin, plus fort que le Cap Canaveral, mon biceps a la circonférence étourdissante du crâne tout premier mammouth laineux – spécimen rare – décongelé en Sibérie septentrionale, t’imagines ça, c’est exceptionnel, le tout premier mammouth bordel quoi ! »

Devant un tel discours, tu craques ?

Trop de notes !

Oui, peut-être… mais pas dans le bon sens ! 🙂

Direction Bloctel, en général !

Pourquoi ?

Trop de mots. « Trop de notes, mon cher Mozart », comme disait dans le film Salieri.

Principe sacré : le « Show don’t tell« . Fais et tais-toi.

Tu me diras : c’est ce qu’il fait, Maccione, il montre en faisant. Pas un mot prononcé de toute sa petite polka sur la plage. Mais ça revient au même. Il SE montre, ne montre que lui, se vante tout au long (même muet, qu’importe) : regarde ma démarche, regarde mon cul, regarde ma figure, regarde mon clin-d’œil, regarde ma démarche virile (hum), et bla, bla.

Est-ce ça, la drague vraie séduction, une proooodigieuse et exceeeeeptionnelle vantardise ?

Tu vois, j’ai bossé des années sous un casque à parler à des gens lire mot-à-mot des scripts de télémarketing… et l’une des questions qui m’a le plus turlupiné est…

Mais putain de bordel de merde, y a réellement des vrais gens payés pour écrire ce genre de discours pourris ?

Ben ouais mon pote cher prospect de la Firme marque.

La très extraaaaaordinaire surprenante réponse est : OUI.

Y a des (vrais) gens, payés pour ça, qui pensent encore que la séduction passe par une pavane d’adjectifs extraaa-gavants pardon, -vagants, d’adverbes indigestes et de surenchère de descriptifs listant à en perdre le souffle les points forts proooodigieux de la marque, de l’opportunité exceeeeeptionnelle, des produits faaabuleux, etc.

Comme y a des hommes qui pensent encore qu’il suffit de montrer leur(s) gros kiki biceps ou de te lancer qu’ils sont le super-directeur émérite de la phénoménale entreprise MégaMachinChose pour que foudroyée par cette étourdissante révélation, tu craques, faible et influençable créature que tu es, mais oui.

(suite : la Stratégie Julio – c’est par là…)

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