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Le FairPhone : peut-on dire et faire ou rester aphone ?

Patrice a testé le Fairphone 2 pour Etik Mag, et…

J’avoue… je suis un peu embêté là…

J’ai envie, mais alors VRAIMENT envie de dire du bien sur le produit que je vais te présenter parce que tout, dans sa démarche, semble admirable…

Pourtant – spoiler -, ça ne va pas être aussi facile. Du coup, je me permettrai ensuite une digression…

Mais pour l’heure, commençons par le commencement :

Que penser du Fairphone 2 ?

Le Fairphone – qui en est donc à son second modèle – propose une démarche responsable inédite pour le marché de la téléphonie mobile.

Comme il l’annonce si bien sur son site internet et dans toutes ses communications, il se démarque par 4 objectifs sociaux et environnementaux.

 

1. « Un design à l’épreuve du temps »

Je me rappelle les premières infos sur le Projet Ara de Google : un téléphone modulaire qui facilitait sa réparation, mais aussi sa mise à jour… Vous voulez un meilleur appareil photo ? Hop, on change la lentille… Plus de mémoire ? On installe une nouvelle RAM…

Malheureusement, le géant de Mountain View tuait le projet dans l’œuf en 2016. Ce n’était certainement pas une assez bonne machine à pépettes…

De son côté, le Fairphone continuait avec cette idée de modularité qu’ARA lui a certainement inspiré…

En effet, derrière un design très « brut de décoffrage », camouflés sous une coque en plastoc souple, les éléments du Fairphone 2 peuvent être facilement démontés et remplacés. Le service après-vente de la marque propose ainsi les pièces détachées à des prix corrects pour pouvoir réparer tous les problèmes rencontrés par blocs :

  • Haut-parleur, port USB, micro et vibreur sur le bloc inférieur
  • Batterie
  • Appareil photo arrière
  • Écran
  • Caméra frontale, LED flash, écouteur et prise casque sur le bloc supérieur

 

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Le Fairphone seconde génération (source : fairphone.com)

Et tout ceci se remplace avec un simple tournevis. L’écran est d’ailleurs branché judicieusement par un contact non filaire avec le bloc.

À part pour le côté mastoc de la chose, forcément, sinon, de ce côté-là, rien à dire : j’aime.

Dommage qu’on ne puisse pas upgrader les blocs comme le projet ARA aurait dû le permettre, mais bon… Allez, passons au point suivant.

2. « Matériaux responsables »

Il y a 40 minéraux indispensables à la fabrication d’un smartphone… et devinez quoi ? Une bonne partie de ceux-ci proviennent de pays où l’on se massacre joyeusement pour en diriger l’extraction !

Fairphone s’est engagé à ne se procurer ces-dits matériaux que dans des mines convenablement exploitées et hors de conflits…

Derrière ces belles paroles, la réalité est plus complexe mais, tout au moins, ils essaient et assurent cette traçabilité responsable pour 4 matériaux importants : l’étain, le tantale, l’or et le tungstène.

Le travail des enfants existe toujours. Par exemple au Congo, dans les mines. Extractions minières et zones de conflit font aussi excellent ménage… Source : Commons Wikimédia / Julien Harneis

3. « De meilleures conditions de travail »

Fairphone semble vérifier très soigneusement les conditions de travail pour l’extraction de quelques minerais, mais surtout pour les usines d’assemblage de ses appareils. Ainsi, ils veulent s’assurer du bien-être des ouvriers de l’usine chinoise Hi-P (qui assemblent les appareils de la marque) avec 2,31 € reversés à cet effet sur chaque vente du mobile, sur un total de 67 € qui est réinvesti, pour chaque téléphone, dans des programmes sociaux et environnementaux.

Sur ce point-là, encore une fois, je dis un grand bravo. C’est une démarche admirable et je serais bien cruel que de trouver à redire.

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Image d’illustration (Source : www.opensocietyfoundations.org)

4. »Réutilisation et recyclage »

En incitant une économie circulaire, à la réparation et au recyclage de ses appareils, Fairphone enclenche un processus vertueux qui est vraiment tout à leur honneur.

Et ils ne font pas semblant !

  • Des tutoriaux en ligne aident pour la réparation.
  • Des programmes de redistribution des appareils dans les pays défavorisés se mettent en place.
  • Fairphone recherche sans répit à améliorer les efforts de collecte, très peu efficaces sur les déchets électroniques (seulement 38% de ceux-ci sont collectés).
  • Enfin, ils soutiennent les industries qui visent à améliorer l’automatisation du démontage de l’électronique grand public afin d’optimiser la recyclabilité des appareils.

Sur ce quatrième point, je tire une nouvelle fois mon chapeau au plus bas. Les ressources de la planète ne sont pas inépuisables et il semble tellement logique de ne pas jeter ces précieux éléments.

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Le Fairphone recycle, et on dit bravo ! (Photo d’illustration – Crédit : Kaique Rocha / Pexels)

Un choix éthique

Tout cela mène donc forcément à se dire que, en choisissant un Fairphone 2, on fait le choix d’un achat éthique et responsable. On fait un pas pour soi-même, mais aussi un pas pour démontrer au monde – et aux autres fabricants – que ces problématiques nous importent.

Il y a juste un tout petit, léger détail…

Le Fairphone 2, c’est de la daube !

J’en suis désolé, mais il faut arrêter de se voiler la face : l’appareil est à 1000 lieues d’égaler ses concurrents sur le marché, dans sa catégorie de prix.

Bien sûr, le côté « éthique » augmente la facture, mais faudrait-il – au moins – que ce soit un bon appareil !

Je veux bien accepter son look de presse-papier en plastique de mauvaise qualité – qui s’abime après quelques ouvertures – et le son très faible si l’on a un casque audio de bonne qualité…

Je dirais presque amen à son appareil photo 8 mégapixels aux résultats très moyens

Quoi que, comme les photos ne sont pas de bonne qualité, je serai obligé d’avoir un appareil photo compact en supplément et je dirai donc adieu à mon implication éco-responsable…

Mais, même si je veux bien faire des efforts et avoir un appareil très moyen au prix (525 €) d’un modèle bien plus haut de gamme, je devrai surtout accepter une autonomie de moins de 4 heures en lecture vidéo et à peine plus en utilisation polyvalente !

 

Pour le coup, une telle mauvaise exploitation de la puce Snapdragon 801 présente dans l’appareil, c’est irresponsable de la part de Fairphone…

Il ne reste qu’à espérer que les nouvelles versions du Fairphone 2, équipées d’Android 6.0 (pourquoi pas la v7 disponible depuis 2016 ?), corrige ce problème qui doit, en partie, provenir d’un défaut logiciel. Mais j’avoue : je ne suis pas convaincu.

Et puis, je disais que j’allais digresser, alors digressons…

Comment peut-on autoriser ça ?

Il n’y a que moi que ça choque ?

La régulation de l’achat de minerais à des « zones de conflits » est devenu un bonus marketing ?

Prenons les zones à l’Est de la République Démocratique du Congo, secouées de conflits depuis plus de 15 ans… Devinez ce que l’on trouve – plus qu’en tout autre endroit du globe – en cette région des Grands Lacs où furent massacrées plus de 6 millions de personnes ? Du coltan, dont on extrait le fameux tantale

C’est surtout pour le contrôle de ce précieux minerai qu’éclatent les « révolutions démocratiques ».

Certains font des efforts et ceux de Fairphone sont louables. Ceux d’Apple aussi d’ailleurs : du propre aveu de Bas Van Abel, fondateur de Fairphone, Apple garantit que le tantale de ses smartphones ne provient pas de régions en conflit. Apple fournit aussi la liste de tous ses sous-traitants par mesure de transparence.

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La face noire des téléphones mobiles (Photos : lalesh aldarwish / Pexels)

Mais, en règle générale, sous quel prétexte la communauté internationale accepte-t-elle que des matériaux proviennent de mines dans lesquelles on tue des gens à la tâche ?

Comment le marché autorise-t-il que l’on achète des matières à des barbares qui en ont pris possession de force, par le viol et le meurtre ?

Je croyais qu’acheter ou vendre des biens acquis illégalement était du recel ?

La loi ne s’applique-t-elle pas à tous (mode naïf « on« ) ?

Si, demain, j’achète un téléviseur HD « tombé d’un camion », je me retrouve devant un tribunal. Ce qui est normal.

Les multinationales achètent des tonnes de minerais qui ont été volés au pays et au peuple (puisque sur des territoires occupés par la force) dans des conditions absolument atroces et il n’y a pas une seule instance légale pour interdire l’achat et la revente ?

Pourquoi serait-ce Apple et Fairphone les « gentils » parce qu’ils apportent une traçabilité de leurs sous-traitants ?


Pourquoi n’est-ce pas obligatoire ?

Pourquoi le recel de minéraux issus de la guerre n’est-il pas puni par la loi ?


Le portefeuille du citoyen est une arme, c’est vrai. Nos choix nous engagent. Acheter du Nutella et dire qu’on adore les orangs-outans, par exemple, ça semble antinomique.

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La consommation est une arme. Nos choix nous engagent.

Mais quand l’implication est à ce niveau factuel d’ignominie, pourquoi serait-ce encore au dernier maillon de la chaîne, nous les consommateurs manipulés, de culpabiliser et payer ?


Que font les pays et les instances internationales ?


Pourtant, il ne s’agit pas d’envoyer des troupes armées rajouter du sang au sang, mais simplement d‘interdire le commerce du fruit de ces massacres.

De là à dire que cela arrange – et est même orchestré par – l’Occident, il n’y a qu’un pas… que je ne franchirai pas sous peine de devenir un vilain complotiste ! [NDLR : pitié non !!!]

Auteur : Patrice Khal

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