Albedo Rubicante

Né dans le Poitou, après un passage à Tours, puis à Vendôme, Albedo a choisi de poser définitivement ses valises au Canada.

Si on a pu le voir en journée travailler dans plusieurs endroits (musées, mairies, librairies, centres d’appels…), c’est la nuit qu’il endosse son véritable costume, pour se faire pianiste, chanteur (sous le nom de Mr Gô), compositeur, auteur, et même parfois dessinateur
Sensible, créatif, méticuleux, inventif, décalé, drôle, Albedo ne cesse de surprendre.
Son univers, empreint de poésie et d’humour, oscille entre la tendresse et le cynisme, la contemplation et la révolte, le rire et les ciels plombés de grisaille.

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Nous avons interviewé David. Sur l’écologie, sur ses lectures, sur ses héros – et, à la suite de sa Tribune, sur les différences de mentalité entre le Canada et la France


Ta définition de l’éthique ?

Le respect. De soi-même, de l’autre. De la nature, du monde. Prendre garde à ce que nos actions ne génèrent pas, ou le moins possible, de souffrance.

 


Ta définition du bonheur ?

Le bonheur réside dans la liberté. Et la liberté dans l’absence de peur.

 


Éthique et bonheur sont-ils conciliables ?

Évidemment ! Je dirais même qu’ils vont de pair. Se traiter soi-même avec respect signifie aussi respecter ses besoins, être à l’écoute de son corps. Or c’est la première étape vers une vie plus consciente, donc plus libre, donc plus heureuse.

 


Les livres, films, œuvres fondatrices qui t’ont marqué, interrogé, fait réfléchir, remis en question et pourquoi ?

V pour Vendetta : un encouragement à lutter pour la liberté, à ne pas laisser les dirigeants voler le pouvoir du peuple. Assorti d’un plaidoyer poignant pour un amour inconditionnel.

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La Formule de Dieu, de Jose Rodrigues Dos Santos : malgré son intrigue très faiblarde, ce livre a bouleversé ma façon de percevoir l’univers, au travers des questions scientifiques et métaphysiques qu’il soulève. Être mis en face de l’évidence : notre univers, notre monde, notre existence, tout cela repose sur une série incroyable de hasards, qui mis bouts à bouts semblent dessiner un schéma

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Earthlings (« Terriens » en français) : ce fut pour moi le début de la prise de conscience du martyre que subissait le monde animal à cause du simple postulat de la supériorité de l’humain sur toutes les autres espèces. Ce documentaire démontre sans aucune ambiguïté à quel point notre vision du monde est dominée par le spécisme.

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La Supplication, de Svetlana Aleksievitch : jamais aucun livre ne m’aura autant fait pleurer. Il s’agit d’un ensemble de témoignages recueillis par une journaliste auprès des survivants de la catastrophe de Tchernobyl. C’est poignant et cruel. Tant de vies gâchées pour défendre à la fois un régime politique corrompu, une énergie délétère, la domination de quelques privilégiés sur tous les autres…

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Ton enfance a-t-elle été une sensibilisation à ces notions ?

Hélas pas du tout ! Une enfance très conformiste, où déjà je me révoltais tout seul contre les traditions stupides que l’entourage rural subissait sans trop de remise en question… Chasse, religion, racisme ordinaire, il y avait vraiment de quoi s’indigner et je ne m’en suis pas privé, même si je me sentais parfois bien isolé dans mes révoltes…

 


L’éducation, en France, joue-t-elle son rôle d’éveilleuse de consciences selon toi ?

Le système éducatif français a cela d’intéressant qu’il donne la possibilité de s’éveiller dans de nombreuses matières scientifiques et artistiques. Le socle commun est très riche, très dense, mais c’est paradoxalement ce qui fait aussi sa faiblesse : une telle quantité de savoir ne peut être enseignée qu’à condition d’octroyer des moyens bien plus conséquents à l’éducation. Je pense notamment au nombre de professeurs, à leur formation aux méthodes pédagogiques. On a l’impression d’un manque d’ambition général de la part des gouvernements successifs, et cela me rend triste qu’on soit en train d’abandonner ce qui faisait notre richesse.


Quelles différences entre France et Canada sur les questions d’écologie, de conscience du « tout », de la solidarité, etc?

La société québécoise me semble très en pointe pour tout ce qui est des questions de « vivre ensemble ». Il y a ici une vraie culture de la solidarité, de l’entraide, et surtout du respect de la différence. Pas de plaisanteries racistes ici, on accepte les gens tels qu’ils sont. Et il y a également un vrai souci d’intégrer les immigrants, qui ici sont accueillis à bras ouverts.

Cependant, le Canada connaissant une période de relative prospérité, les questions écologiques ne me semblent pas réellement être une priorité ici, pas plus dans les discours des dirigeants que dans les actes des citoyens. Je constate en effet beaucoup de gaspillage, les lumières qui restent allumées pour rien, l’eau qu’on laisse se répandre, la nourriture jetée aux ordures…

Et j’ajoute que la conscience végane demeure encore marginale, hormis au sein des deux ou trois plus grandes villes.


Ton monde idéal ressemblerait à quoi ?

Un monde sans domination.


David, qui sont tes héros (réels ou de fiction) ? Et pourquoi ?

V (dans V pour Vendetta), dont j’adore la réponse à celle qui a brisé sa vie :

« Est-il trop tard pour vous demander pardon ? »

« Jamais. ».

Barbara, qui s’est beaucoup engagée contre le sida, et aussi envers les femmes en prison. Une femme intègre et exigeante, qui n’a jamais cessé de préserver son indignation et ses justes colères, et s’est toujours battue pour défendre ses projets.

Lisa Simpson : je partage tellement de ses indignations et de ses combats… Elle réussit l’exploit de demeurer fidèle à ses idéaux, de rester toujours curieuse du monde qui l’entoure, et d’aimer de façon inconditionnelle sa famille même quand elle ne partage pas ses intérêts…

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Quels progrès majeurs la France doit-elle réaliser, selon toi ? … et l’humanité de façon globale ?

Repenser le système démocratique sera une étape majeure. Il faut se débarrasser du système de démocratie représentative, qui n’a aboutit qu’à l’avènement d’une classe politique se partageant le pouvoir en vase clos. Ce système était indispensable à l’époque où la population n’avait pas d’autre choix que d’envoyer ses élus siéger à Paris, mais est totalement obsolète à l’ère d’internet et des communications à grande échelle.

Ensuite, s’émanciper du salariat, en instaurant le revenu universel, qui devra permettre à chacun de vivre décemment sans être obligé de sacrifier son temps, sa santé, sa vie aux intérêts des puissants.

Et bien sûr, investir enfin dans des modes de production équitables, dans les énergies renouvelables, et surtout rompre avec la surconsommation et enseigner la sobriété heureuse.


Ta plus grosse prise de conscience ?

Nous vivons dans une couche épaisse d’environ 10 kilomètres d’air respirable. C’est vraiment peu, vous savez. Sous nos pieds, une épaisseur monstrueuse de magma radioactif, qui menace à chaque instant de fendre la mince croute de terre et de nous empoisonner définitivement. Et au delà de l’atmosphère, le vide de l’espace, des distances incommensurables, un désert glacé à perte de vue.

Et pas l’ombre d’une planète de rechange où émigrer en cas de problème. Tout ce que nous possédons, c’est notre intelligence, qui ne nous sert à rien sans notre compassion.

 

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Nous sommes arrivés là où nous en sommes en très grande partie grâce à notre capacité à protéger les plus faibles, à considérer chaque vie comme un trésor précieux. Voilà ce dont j’aimerais que tout le monde prenne conscience.


Partage-nous une fierté personnelle !

Avoir été capable de me séparer de tout ce que je possédais pour venir émigrer au Canada. J’ai pris conscience que j’avais passé des années à m’entourer d’objets inutiles. Or on ne devrait rien posséder qui ne nous soit utile.


Une chose que tu aimes, au Canada.

L’enthousiasme des gens. Il y a ici un vrai émerveillement, un vrai côté premier degré, qui tranche beaucoup avec la façon de vivre des français, toujours dans le doute et l’analyse.

Si on aime quelque chose, on le dit, si on veut faire quelque chose, on le fait !

C’est très pragmatique, et très engageant : on vous respectera si vous prenez des risques, là où les français auraient tendance à vous mettre en garde contre un possible échec. Ici, un échec s’appelle une expérience !

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Un point fort de la France ?

La culture, l’Histoire. Et l’indignation !


As-tu déjà milité ou été bénévole dans une asso ?

Ma seule expérience de bénévolat fut dans la bibliothèque de mon petit village de 500 habitants. Hormis cela, je projette un jour de militer dans une asso défendant les droits des personnes LGBT.

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Tes petits gestes écolo quotidiens, c’est quoi ?

Ne pas acheter de viande. Essayer de préparer au maximum mes propres repas. Profiter du silence du matin. Me déplacer à pied. Ne pas regarder la télévision, et encore moins la publicité. Jardiner. Lire. Rester à l’écoute.


Une bonne résolution encore non prise ou non tenue mais qui te tente ?

Expurger toute forme de produit animal de mon environnement immédiat (pas seulement la nourriture).

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Tu as des neveux. Que leurs souhaites-tu ? Quel genre de futur ?

J’ai deux nièces et un neveu. Je leur souhaite de grandir heureux et écoutés. De demeurer des enfants insouciants, d’avoir des amis sincères et fidèles. D’apprendre sur le monde et sur eux-mêmes.

De devenir des adolescents curieux et enthousiastes, d’avoir envie de changer le monde. De connaître des colères et des indignations, de vouloir se battre pour ce qui est important.

De devenir des adultes indépendants, réfléchis et inventifs.


Que te sens-tu l’envie de donner au monde ? à cette société ? aux générations futures ? à la planète ?

Juste mon témoignage. J’étais là, et voici ce que j’ai vécu.

Je n’ai pas toujours bien agi, mais j’ai tenté de faire de mon mieux.

Avec mes modestes moyens, j’ai essayé de rendre ce monde un peu plus joli. Un peu plus vrai.

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Le capitalisme, un ennemi, selon toi ?

Le capitalisme est un ennemi au sens qu’il propose une vision pessimiste de la nature de l’homme.

Pour lui l’humain est une créature par nature cupide, ingrate, et centrée sur elle-même.

Rien de bon ne peut sortir d’une société défendant une telle idéologie.

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La nomination de Nicolas Hulot au gouvernement d’Emmanuel Macron, de la poudre aux yeux ou non, comment le sens-tu ?

Je lui souhaite de réussir là où ses prédécesseurs en ont rarement eu la chance. Malheureusement, l’écologie demeure pour bon nombre de politiciens une marotte, une mode électorale qu’il convient de promouvoir mollement tant qu’elle ne gêne pas les intérêts de l’industrie. Tant que cette vision perdurera aucune avancée significative ne pourra avoir lieu.

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Partage-nous une révolte. Un truc qui te donne envie de dire « non ! ». Ou un jour particulier où tu t’es levé contre quelque chose. Ce que tu as fait ce jour-là (même une micro-action) et pourquoi

Un de mes ex-patrons a pratiqué durant deux années le harcèlement moral à mon encontre.

Deux années d’humiliations, d’ordres contradictoires, de rabaissements.

Jusqu’au jour où j’ai eu le courage de refuser le poison qu’il me tendait.

Nous avons toujours le pouvoir de refuser ce qui nous détruit.

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Auteur : Albedo Rubicante

 

 

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